APPRENTI SORCIER DE LA MANIPULATION ET FOSSOYEUR DES ENTREPRISES ?

Publié le par TAKA PARLER

APPRENTI SORCIER DE LA MANIPULATION  ET FOSSOYEUR DES ENTREPRISES ?

Le 30 mai dernier, des jeunes de BATALIMO et ses environs, dans la commune de PISSA, décident de bloquer la voie qui mène aux installations de la société forestière IFB (Industrie Forestière de BATALIMO). Le but de la manœuvre : bloquer tout simplement le fonctionnement de la société. Le mobile ? Cette société d’origine coloniale, à l’instar de toutes les autres sociétés forestières exerçant en Centrafrique, exploiteraient et pilleraient cette ressource au détriment des populations centrafricaines.

Pour expliquer leur démarche et justifier cette action, un tract est distribué, portant deux types de revendications. En premier lieu, le limogeage immédiat du directeur du site et de l’ingénieur aménagiste, des étrangers coupables d’empêcher les jeunes riverains de l’usine de récupérer les déchets qui leur permettaient jusqu’ici de joindre les deux bouts. En second lieu, le tract énumère une liste d’investissements à réaliser immédiatement par la société, coupable de ne pas respecter son cahier des charges et de ne pas payer les impôts dus à l’Etat centrafricain : construction de ponts et routes, d’écoles, d’un centre de santé, d’une maison des jeunes, d’une brigade de gendarmerie, etc…

Les autorités locales (préfet, sous-préfet, maire, chefs de village), informées de la situation, ont été refoulées voire humiliées pour certaines d’entre elles, par ces jeunes qui ont installé un véritable piquet où thé et café, nourriture et autres breuvages sont servis gratuitement depuis plus d’une semaine. Il s’agit donc d’une action organisée et planifiée, avec une logistique. Bien entendu, le personnel de la société IFB (environ ….permanents et …temporaires) n’est plus en mesure de travailler. La direction est obligée de solliciter l’autorisation administrative nécessaire à la mise en chômage technique de l’ensemble du personnel.

Ce secteur étant sous le contrôle des Anti-Balaka, des rumeurs ont d’abord circulé, faisant état de leur implication dans cette action d’agitation politique manifestement préméditée. Or les responsables de la Coordination de l’ex-Mouvement des Anti-Balaka qui ont été contactés, ont marqué leur étonnement pour une action violente et soudaine qui prive les employés de l’IFB de l’accès à leur outil de travail. Ils ont même rappelé qu’ils se sont organisés, au plus forte de la crise politico-militaire, pour empêcher la destruction et le pillage de cette entreprise (ainsi que celles de l’entreprise concurrente proche, à savoir la SCAD) qui alimente l’économie locale depuis toujours. Par ailleurs, les autorités locales, tant administratives que municipales, rappellent que cette entreprise a toujours eu une attitude citoyenne, par le paiement régulier de ses contributions fiscales, et l’appui à l’édification des bâtiments des principaux services publics locaux (mairies, gendarmerie, école, centres de santé, etc…).

Cette initiative sauvage a de quoi inquiéter. Le personnel de la société IFB est la première victime de cette action qui le prive de travail, et donc de revenus. Surtout qu’à la suite de la crise internationale de 2008, le marché international du bois, soutenu principalement par la demande asiatique, peine à se relancer. IFB qui a tout mis en œuvre pour se relancer, risque de voir ses efforts anéantis si la situation perdure. D’après nos investigations, le Ministère de tutelle (celui des Eaux et Forêts) ainsi que le Ministère en charge de la Sécurité Publique, ont programmé une descente sur les lieux, afin de normaliser cette situation préjudiciable également aux intérêts de l’Etat, puisque l’arrêt d’activité impactera nécessairement les droits et taxes dus par la société IFB.

Le plus surprenant, c’est qu’il s’avère que cette action sauvage, mûrement planifiée et bénéficiant d’une organisation logistique, serait l’œuvre d’un jeune… Député de la Nation, nouvellement élu, qui aurait juré pendant la campagne électorale, qu’une fois élu, il mettrait à genoux toutes les sociétés forestières qui font des profits colossaux sur le dos du peuple centrafricain depuis la période coloniale.

Apprenti-sorcier de la manipulation, il s’illustre à coup sûr comme un fossoyeur du frêle tissu économique centrafricain. La société IFB, engagée avec le Gouvernement centrafricain et les Partenaires au développement dans la gestion durable des forêts, n’était pas forcément la cible idéale pour ce genre d’action.

La balle est désormais dans le camp du Gouvernement qui s’apprête à recueillir aujourd’hui l’appui de l’Assemblée Nationale. Il y va de son autorité. Surtout le Ministre en charge de l’Administration du Territoire et de la Sécurité Publique, qui a été Député de la circonscription proche de Mbaïki II, il n’y a pas si longtemps.

FAYANGA ROBERT

OBSERVATEUR DE VIE POLITIQUE

Publié dans ECONOMIE

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