LE PRESIDENT TOUADERA DOIT RENONCER A L'ENSEIGNEMENT PENDANT SON MANDAT

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Ce matin, au détour d’une consultation sur internet, je suis tombé sur un article dont le lien suit : http://www.centrafriquelibre.info/?p=23107 intitulé : « Le Président TOUADERA a dispensé hier un cours sur la théorie de la distribution ». Quelle n’a pas été ma fascination de savoir qu’un Président de la République en exercice puisse ainsi faire preuve de modestie et de « simplicité » en continuant de dispenser des cours à l’Université de son Etat (en occurrence l’Université de Bangui) dans l’optique de contribuer directement, par ce truchement, non seulement à la transmission du savoir dont il est dépositaire, mais à la formation des cadres du pays. Une telle entreprise est louable et force l’admiration d’un homme qui aspire à rester comme « monsieur tout le monde », continuant de vaquer tout naturellement à ses occupations habituelles, sans se préoccuper des exigences que lui impose le cadre contraignant de ses lourdes et difficiles fonctions. Cette situation exceptionnelle en son genre m’inspire uneinterrogation banale (mais fondamentale) que tout citoyen lambda peut se poser en pareille circonstance : Le Professeur TOUADERA a-t-il le droit de poursuivre ses activités d’enseignant à l’Université de Bangui en même temps que sa fonction de Président de la République ? Quelles pourraient être les implications (pour ne pas dire les conséquences) politiques, éthiques et juridiques d’une telle d’une telle situation ?Pour tenter de donner mon humble avis sur ces questions, j’aimerais me garder de la prétention de « donneur de leçons », de « constitutionnaliste chevronné » ou même de « politiste attitré ». Il est manifestement de la responsabilitédes spécialistes, dès lors qu’une pratique politique tend à franchir le cadre constitutionnel, de se saisir de la question pour prévenir des risques de violations qui font généralement le lit des crises politiques pouvant déboucher sur des situations malheureusement imprévisibles. Et c’est justement ce  que je crains de ce que raconte l’article cité en référence sur la« passion professorale » du Président TOUADERA.  En effet, il faut partir du fait que, d’après la constitution en vigueur, le Président de la République est une institution (personnifiée sans doute), si ce n’est la première de toutes les autres institutions du pays (malgré la suprématie juridico-politique de la Cour constitutionnelle) ; son fonctionnement est régi par des dispositions constitutionnelles qui ne souffrent d’aucune ambiguïté. L’article 22, par exemple, stipule qu’il est « le Chef de l’Etat » et qu’« Il veille au respect de la constitution ». Cela appelle donc de la part du Président, non seulement le respect scrupuleux de la loi fondamentale, mais aussi et surtout la garantie de l’inviolabilité de celle-ci. Le poids de ses responsabilités exige, par ailleurs, qu’il puisse se consacrer entièrement et pleinement à sa fonction, se mettant en congé de ses activités antérieures, subsidiaires ou annexesdans l’intérêt du peuple. C’est ce que recommande explicitement l’article 23 : « La fonction de Président de la République est incompatible avec l’exercice de toute autre fonction politique, de tout autre mandat électif, de toute autre activité lucrative ». Dès lors, il apparait clairement que, dans l’esprit et la lettre de cette disposition, le Président TOUADERA n’est pas en situation de continuer à exercer sa profession d’enseignant à partir du moment où celle-ci rentre dans le cadre d’une activité lucrative ; et rien ne justifie ou ne peut justifier une dérogation en la matière, pas même le fait qu’il soit le seul spécialiste de sa discipline dans le pays. De ce fait, il s’agit là en occurrence d’une violation flagrante de la constitution promulguée par ses soins. Le Professeur TOUADERA que l’on croyait rompre avec les vieilles habitudes se met ainsi allègrement au-dessus des lois en se livrant à une activité que la loi fondamentale juge incompatible avec sa fonction officielle. En tant que garant des institutions de la République, il a pourtant le devoir de se montrer respectueux des textes de base.Cela dit, la violation d’une disposition aussi limpide est un mauvais signal pour tous ceux qui aspirent à la justice, à l’Etat de droit, au respect des valeurs de la démocratie, etc. Elle vise à encourager le non-respect des règles dans un pays encore en proie aux pratiques mafieuses et pourrait, in fine, alimenter les frustrations susceptibles de s’exprimer par la violence. Elle donne, par ailleurs, un prétexte éloquent à toutes les velléités d’injustices et d’impunités afin de se mettre en mouvement au grand dam du peuple centrafricain victime depuis des lustres des dirigeants qui ne pensent qu’à défendre leurs propres intérêts.En élisant le professeur TOUADERA, les centrafricains ne s’attendraient pas à ce qu’il puisse faillir aussi facilement à son devoir d’exemplarité en méprisant la loi fondamentale.C’est pourquoi, malgré sa bonne intention supposée, le professeur Président devra renoncer à ses activités lucratives pour se consacrer uniquement et entièrement à la lourde responsabilité que les centrafricains lui ont confiée, et ce dans le respect scrupuleux de la constitution. Ce faisant, il mettra un terme au mélange des genres et à un éventuel conflit d’intérêts. Car il est inconcevable, voire incongru qu’un Chef d’Etat en exercice puisse travailler sous les ordres d’une hiérarchie qu’il est censé gouverner. Manifestement, sans pour autant aller dans le détail de ce fonctionnement particulier,  cela pose un problème… Aussi, n’est-il pas inopportun de penser que l’accès du Président de la République avec son dispositif de sécurité dans l’enceinte de l’Université de Bangui n’est pas sans risque, pour lui-même, pour les étudiants et pour tout le personnel de l’institution universitaire. Au regard de la franchise universitaire, cela pose également un problème. Car non seulement l’Université doit être préservée des hommes en Armes en général, furent-ils ceux chargés de la sécurité du Président de la République, mais elle doit éviter les risques d’une réaction du service de sécurité du Chef de l’Etat au sein de l’Université ou même d’un éventuel affrontement si son intégrité physique venait à être menacée, ce qui pourrait avoir de graves conséquences.Cela dit, l’enjeu de cet article n’est pas tant d’empêcher qui que ce soit d’exercer sa profession en dépit de ses activités politiques et/ou ses fonctions étatiques, mais de pouvoir le faire dans le cadre du respect de la loi. Et j’ose espérer que le Président Faustin Archange TOUADERA, avec l’intelligence qui le caractérise en tant que professeur d’Université, saura entendre raison de cette situation en se ravisant ne serait-ce que par principe.Fait à Paris, le 08/06/2016                 Médard POLISSE-BEBE

LE PRESIDENT TOUADERA DOIT RENONCER A L'ENSEIGNEMENT PENDANT SON MANDAT

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C'est triste 09/06/2016 14:18

C'est bien...il faut louer cette initiative. En même temps il faut se poser la bonne question : Pour des questions d'étique pour ne pas parler de déontologie, est-il raisonnable de se permettre le luxe d'aller dans un departement universitaire pour donner des cours ? De surcroit un cours sur la théorie de distribution. Monsieur le Président a eu l'opportunité de former plusieurs jeunes qui ont la compétence d'assurer ce cours, il a eu l'opportunité en plus de faire venir tous ses jeunes intellectuels qui se font sucrés à l'exterieur dans tous les pays du monde et qui ont pour principe de rendre à leur pays ce qu'il leur a donné.
Nous les jeunes des années 70, nous ne sommes pas les moins nantis intellectuellement, nous lui avons fait confiance, il nous a trahi, qu'est-ce que nous avons à part les diplômes et la grande gueule pour nous faire remarquer par contre ramener au pouvoir tous ses anciens même retraités c'est très dommage de la part de TOUADERA qui a pour devise AMOUR GLOIRE et ARGENT oui c'est ça le TOUADERISME. Après l'indépendance, votre génération même celle d'avant a pu former des futurs cadres de ce pays, la generation 70 qui a pu profiter de votre savoir en même temps qui a tellement souffert par des multipes coups d'état s'est éloignée du pays pour parfaire ses connaissances estudiantines et qui aimerait travailler pour son pays songe à revoir la donne car nous avons plus d'espoir et surtout ne nous parlé pas de competences car nous occuppons tous je dis tous des postes à responsabilité à l'extérieur toujours les vieux avec leur vieille caboche et des méthodes anciennes. Je vous assure que vous avez eu la chance mais vous êtes passé à côté complètement à côté de la plaque mais bon nous avons compris c'est votre election c'est votre pouvoir vous en faite ce que vous voulez mais sachez que vos mieux deux mandats que un et ce seront ses dinosaures qui vont vous couler. Avez vous besoin de ramener le ministre des finances a Bangui, avez vous besoin de ramener le ministre de l'aviation civil, avez vous besoin de tout ce monde... Les jeunes pouvaient bien faire l'affaire, il faut bien un debut à tous. Vous êtes l'exemple n'est-ce pas Monsieur le Président.

Tene Ndjoni 09/06/2016 04:04

Quand LISSOUMBA donnait cours à l'Université de Brazzaville là ,est ce qu'il n'était pas Président à l'époque? Vous voulez quoi? De plus, le problème d'éducation en RCA et manque des enseignants en mathématique sont capital. Ils sont combien à la FAC? 2 professeurs: Pr SIOKE et Pr TOUADERA donc c'est normal qu'il continue son travail.

Landry-Sosthène BENI 08/06/2016 22:04

Contrairement aux mauvaises langues, cette initiative est à encourager, car combien d'enseignants de fac qui ont eu des promotions sur le plan politique et administratif ont consacré un peu de leurs temps pour revenir partager leurs connaissances avec les étudiants? En tant que président, c'est-à-dire la première personnalité chargée d'orienter la politique éducationnelle du Pays, il doit profiter de son statut pour trouver un palliatif à ce problème de manque d'enseignants qualifiés à l'Université de Bangui. Son collègue Gaston Mandata-Nguerekata avait conçu un très bon programme dans ce sens. Il suffit de s'en inspirer pour trouver un début de solution à ce problème! Courage monsieur le Président! Si vous ne le faisiez pas, ces mêmes personnes allaient vous critiquer. En attendant, le temps que vous avez passé avec ces étudiants leur ont permis de sortir avec quelques connaissances, et personne parmi ceux qui vous critiquent n'osent aborder cet aspect.

TOGBA 08/06/2016 21:29

svp il faut arreter de tout voir par la violation de la constitution.je pense que le président est un ^passionné des mathematiques et aimerait continuer à transmettre ses connaissances .certainement qu'il ya pour l'instant pas de professeur disponible pour enseigner cette matiére.Pour des raisons de securité ces cours peuvent etre assurés en dehors de l'université puisque les etudiants ne sont qu'au nombre de trois.

zingo 08/06/2016 14:50

Où est la Cour Constitutionnelle ( de Transion)? Elle attend qu'on la saisisse avant qu'elle n'appelle à l'ordre un Président de la République ignorant naïvement des dispositions élémentaires de la Loi Fondamentale? Quel type d'intellectuel est le Président? Nous voilà à la période BOZIZE où la Loi fondamentale a toujours été violée sans qu'on lève le petit doigt. C'est une coutume chez le Prof. Dites, comment un Prof de rang magistral peut disposer de temps pour aller donner des cours pendant qu'il est occupé à plein par ses fonctions présidentielles? Cela étonne ceux qui ne connaissent pas la personne. Premier Ministre en plein temps au temps de BOZIZE, en dehors des heures normales de cours pour n prof de rang magistral, M. TOUADERA avait plus de 3000 heures de vacations. Dites-moi, à quel moment trouve-il tout ce temps? Pour un vrai Professionnel, cela pose problème. Les mauvaises langues n'avaient pas dit en leur temps que les heures de vacation du Pm étaient assurées par ses élèves (son actuel Chef de Protocole à la Présidence un certain M...) mais touchées en argent par le PM. Non, pas d'exception. L'art 23 de la Constitution est claire. Si le Président a donné cours qui sera payé ( but lucratif), il vient de violer la Loi Fondamentale comme ses son PM et ses Ministres qui à ce jour n'ont toujours pas déclarer leur patrimoine. Vous avez dit Rupture? Que quelle rupture s'agit-il? Les mauvaises habitudes ont la peau dure!!!!!!!!!!!!!!!M. le Président s'il vous plait ARRETEZ! Même si vous êtes le seul spécialiste, ce qui montre bien que vos n'avez rien fait pour un étudiant centrafricain suivre vos pas, sauf à dire que sur 5 millions de centrafricains il n'y a que vous avez la BOSSE DES MATHS. On peut s'en douter d'un doctorat d'Etat à l'Université de Yaoundé Cameroun. Voilà le sens et a signification des Professeurs nommés par DECRET! Non, on devient Prof en publiant et se confrontant aux autres. M. TOUADERA est ressortant de l'Université de Lille, a-t-il des heures de séminaires ou d'enseignement dans cette Université????????