LES AUTORITÉS CENTRAFRICAINES DE LA TRANSITION FACE A UN DILEMME : ENTRE EXIGENCES DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE ET PRESSIONS DES POLITIQUES CENTRAFRICAINS

Publié le par TAKA PARLER

Paul-Crescent BENINGA
Paul-Crescent BENINGA

Les tueries auxquelles la R.C.A est confrontée à la fin du mois de septembre ont entrainé diverses prises de positions aussi bien sur le plan national qu’international. S’agissant de la communauté internationale, les avis, bien que multiples et variés, sont tous orientés vers l’organisation des élections groupées avant janvier 2016. Il s’agit vraisemblablement d’une exigence qui marque la volonté de la communauté internationale de mettre fin à une transition non pas « chancelante », mais moribonde. Aussi, peut-on être amené à penser avec justesse que les autorités de la transition sont en perte de crédibilité et de légitimité vis-à-vis de la communauté internationale qui, jusque-là, leur fait entièrement confiance.

Au regard de ce qui précède, comme une réponse du berger à la bergère, les politiques centrafricains affirment que point n’est besoin des élections bâclées, d’une part, et, d’une transition chancelante, d’autre part. De cette affirmation, il ressort clairement le vœu des politiques centrafricains d’aller à une troisième transition qui entrainerait inéluctablement la refondation des institutions et organes de transition. A cette revendication s’ajoutent celles des organisations de la société civile qui réclament, entre autres, la réhabilitation des F.A.C.A, le départ des forces françaises.

Face à ces exigences, les autorités de la transition sont dans un dilemme, car, en effet, il n’y a pas de choix véritable à faire. L’option choisie entrainerait obligatoirement des conséquences dont les issues ne sont pas forcément maîtrisables. La question qui se pose avec acuité est de savoir quelles stratégies mettront en place les autorités de la transition afin de répondre aussi bien aux exigences de la communauté internationale qu’à celles des politiques centrafricains ? Autrement dit, peut-on concilier les exigences ? Il s’agit, en effet, d’un véritable match-test pour les autorités de la transition. C’est également l’occasion pour le Gouvernement de la Transition de se réconcilier avec le peuple centrafricain qui partage majoritairement les revendications des organisations de la société civile.

Aujourd’hui, le Gouvernement de la Transition se retrouve sur plusieurs fronts : la réhabilitation des F.A.C.A, la relance du processus électoral et bien d’autres. Il ressort de ces manœuvres que les autorités de la transition sont dans une dynamique de conciliation des points de vue afin d’éviter de compromettre leur chance d’une sortie honorable. Seulement, les bases de la conciliation sont faussées au point qu’il est, dès lors, difficile d’attendre une issue heureuse. En effet, la balance penche davantage du côté de la communauté internationale, ce qui poserait le problème de la légitimé des actions que vont poser le Gouvernement. Les déclarations de la Présidente de la Transition ainsi que celles du Premier Ministre font croire que les élections doivent avoir lieu coute que coute avant 2016. Cette détermination à l’avantage de rassurer le peuple que la transition va enfin prendre fin. Toutefois, doit-on aller aux élections dans un climat aussi délétère, caractérisé par une insécurité galopante ? Doit-on aller aux élections sans un consensus préalable autour du processus électoral ?

Ces interrogations doivent interpeler toutes les forces vives de la nation, en général, et les autorités de la transition, en particulier. Aujourd’hui, il n’est plus question de donner raison à un camp au dépend d’un autre. La tâche est plus qu’ardue, il est de l’intérêt de toutes les parties prenantes à la crise centrafricaine de comprendre que personne ne doit camper sur sa position et l’heure n’est plus à des prises de position radicale. La communauté internationale, du moins, la France et ses alliés dans la crise centrafricaine doivent tenir compte des réalités sociopolitiques centrafricaines actuelles. S’il leur est difficile de le faire, il incombe à toutes les forces vives de la nation d’interpeler la communauté internationale, dans une dynamique de concertation et non conflictuelle, sur la nécessité d’une conciliation des points de vue afin que les élections ne soient pas un palliatif, mais une solution efficace, efficiente et pertinente à la crise centrafricaine.


Paul-Crescent BENINGA

Analyste Sociopolitique

beningacrescent@yahoo.fr

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Publié dans Crise Centrafricaine

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