DROIT DE RÉPONSE A LA LETTRE DU PRÉSIDENT INTERNATIONAL ONG CNRJ ADRESSÉE A FRANÇOIS HOLLANDE
Cher président,
Comme nombre de mes compatriotes centrafricains, j’ai lu avec beaucoup d’intérêts votre lettre adressée à François Hollande afin d’attirer son attention sur les difficultés auxquelles la République Centrafricaine (R.C.A) est confrontée. Cette initiative relève de votre entière liberté et s’inscrit, sans doute, dans la logique des activités de votre ONG CNRJ. Ainsi, ne suis-je pas fondé de me prononcer aussi sur la démarche que sur son intérêt. Toutefois, je ne puis m’empêcher d’échanger avec vous sur le fonds de vos analyses qui, somme toute, présente quelques affirmations sujettes à débat.
Les problématiques de la santé mentale, de l’inertie et de la violence abordées dans votre lettre me paraissent fort intéressantes mais discutables au regard de votre démarche méthodologique et de la délimitation spatio-temporelle.
Relativement à la question de la santé mentale, vous affirmez posséder une trentaine de témoignages d’atrocités qui vous laissent penser qu’il existe des comportements individuels de malades mentaux. Votre échantillonnage n’est, de mon modeste avis, représentatif, bien qu’il soit sélectif. De ce point de vue, vous avez péché par excès de généralisation, car une trentaine de témoignages ne saura conduire à la conclusion à laquelle vous êtes parvenus. Les mêmes causes produisent, certes, les mêmes effets, mais il est très facile de généraliser une étude faite à Bangui sur toute l’étendue du territoire. C’est en cela que je remets en cause l’affirmation selon laquelle vous avez constaté un état général de santé mentale déplorable dans tout le pays. Il s’agit d’une affirmation fantaisiste qui biaise la pertinence de votre analyse et remet fondamentalement en cause la démarche méthodologie qui est la vôtre. Je suis d’avis avec vous que les évènements survenus depuis 2013 pourraient entrainer des traumatismes chez certaines personnes, mais il y’a lieu d’être prudent et objectif dans l’analyse.
Aussi, voudrais-je discuter avec vous sur la délimitation spatio-temporelle de votre étude. Vous évoquez les circonstances de 2001, puis vous abordez votre étude en avril 2014, il me semble que le contexte de votre étude ne cadre pas avec celui de la délimitation temporelle. Ainsi, puis-je me permettre de vous demander la nature de votre étude ainsi que les outils de collecte des données. Avez-vous fait une étude qualitative ou quantitative ? Avez-vous collecté les données à l’aide de quels outils ? Ce sont là des préalables qui permettent de comprendre davantage la logique de votre recherche combien intéressante.
S’agissant de l’inertie et de la violence, je suis entièrement d’avis avec votre analyse. Aujourd’hui, toutes les bonnes initiatives entreprises en Centrafrique sont confrontées à un cycle de violence au point qu’on puisse penser qu’elle est systématisée. Toutefois, cette analyse doit être poussée pour comprendre les mobiles aussi bien de cette violence que de l’inertie. La précarité de conditions de vie de la jeunesse l’oblige parfois à faire de la violence un moyen de survie et d’affirmation de soi. Ainsi, vous conviendrez avec moi que le problème est d’avantage lié à l’environnement sociopolitique centrafricain. De ce point de vue, votre analyse, bien qu’intéressante, nécessite une forte dose de la sociologie de l’espace centrafricain.
Cher président, je préfère m’arrêter et je vous prie de considérer mes modestes remarques comme une contribution à votre analyse fort intéressante.
Paul-Crescent BENINGA
Chercheurs en Sciences Politiques