CENTRAFRIQUE : LA LETTRE, QUI INTERPELLE FRANCOIS HOLLANDE
Paris, le 30/09/2015
Monsieur le Président de la République,
Ce courrier que nous vous adressons, propose un état des lieux sur la Centrafrique au travers du regard singulier d’une ONG celle des « cercles nationaux de réflexion sur la jeunesse », implantés dans 23 pays dans le monde.
La déstabilisation continentale, l’existence de ressources minières, un contexte local d’inertie et de désenchantement, l’état des populations ont offerts de nouvelles opportunités à certaines personnes et groupes, qui n’en finissent pas de s’essayer à exercer leur pouvoirs (surtout leur capacité de nuire) au détriment des populations et du bien commun.
Depuis, 2012 notre ONG constate que la Centrafrique est de fait en guerre civile et la situation s’enlise.
C’est pourquoi nous aimerions évoquer auprès de vous et de vos conseils, les questions, de la santé mentale, de l’inertie et de l’agressivité, la politique dont l’élection présidentielle, les ressources naturelles et évoquer des pistes de solutions.
Nous espérons que ce courrier pourra participer de vos prises de décisions futures, vous donnera un éclairage nouveau sur la Centrafrique et vous fera envisager notre ONG comme partenaire des droits de l’Homme dont les droits des jeunes comme le fond déjà d’autres états.
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La question de l’état de santé mentale du peuple :
Les circonstances depuis 2001 ont permis l’expression de personnes à la santé mentale dérangée et aussi leur embrigadement.
Ainsi en avril 2014, nous avons pu faire des diagnostiques au Km5 auprès des réfugiés, tant auprès de l’église qu’à la mosquée. Nous possédons une trentaine de témoignages d’atrocités faites le 5 décembre 2013, qui nous laisse penser qu’en plus des mouvements très identifiables politiques et/ou religieux, il y avait des comportements individuels de malades mentaux.
Le jour même, où la résolution de l'ONU a autorisé la France à envoyer des troupes armées en République Centrafricaine (opération Sangaris) aux fins annoncées de désamorcer le conflit et de protéger les civils, il y a eu un déploiement d’atrocités individuelles et collectives sans précédent.
En plus des atrocités physiques nous avons constaté un état général de santé mentale déplorable dans tout le pays ainsi qu'une absence totale de prise en charge globale et sérieuse des aspects psychologiques et psychiatriques.
A force de minimiser l’importance de l’état mental des peuples et malmener la psychiatrie et la psychologie les nations ne prennent plus en charge ni leurs peuples ni ne forment leurs psychologues et/ou psychiatres.
Sur Bangui, nous avons comptabilisé plus 80 000 personnes nécessitant une prise en charge suite à des traumatismes psychologiques en lien avec cette guerre civile.
Les enfants et les jeunes paient un prix très lourds : Plus de 6 000 enfants soldats endoctrinés à prendre en charge d’un point de vue psychoéducatif, des centaines d’enfants dans les rues de Bangui, le milliers d’enfants issus des viols, la situation des enfants issus de mariages inter-religieux même dans les centres de réfugiés de fait « ethnicisés » etc.
La sous-estimation tant des problèmes mentaux que de leurs parts dans la situation du pays, est manifeste, même par votre administration sur place à Bangui. Il y a pourtant à mettre en œuvre une politique publique de santé mentale d’envergure par les autorités sur place. Une telle émergence et un soutien de la France n’est-il pas envisageable ?
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L’inertie et la violence comme constitutives de la part d’Ombre en Centrafrique :
Nous avons constaté régulièrement des inerties voire le déploiement de violence contre toutes activités positives faites en Centrafrique. Nous sommes dans 23 pays dont 14 pays africains, il y a là une originalité de cette inertie et de cette agressivité.
Nous sommes au regret de devoir vous donner ce constat général, mais dans ce contexte nous avons aussi vu aussi majoritairement l’inaction de votre administration et même quelques exemples destructeurs.
On ne peut pas se permettre dans un tel état mental, d’inertie et d’agressivités ambiantes des populations d’envoyer des conseillers élyséens et des techniciens (dont des militaires) qui sont dans une attitude uniquement « fonctionnariale », uniquement de profit personnel (fut-il « légal ») ou pire avec un fond agressif ou destructeur. On ne va pas à Bangui et on ne peut assurer une présence de l’état français comme si « on allait pointer au bureau en attendant le week-end ». Ce n’est pas possible d’attendre juste que le temps passe.
Nous n’avons pas la solution pour votre administration : Comment y mettre des militants de l’action publique ? Comment mettre des personnes qui chaque jour font quelque chose pour changer la vie ? Il y a là, une question de sens politique, d’adhésion aux valeurs de la part des personnels et donc de management.
Il existe certains militaires français qui doivent se vivre comme « inutiles » et « désarmés » alors qu’ils n’attendent que d’agir et il en est de même de certains fonctionnaires civils qui se sentent comme pris dans un immobilisme ambiant sans direction politique.
Inertie majoritairement, mais pas uniquement, il y a eu aussi, à la marge (et heureusement cela reste minoritaire) des débordements : techniciens qui freinent ou cassent des projets, individus qui détournent de l’argent et même des militaires commettant des atrocités contre des enfants.
Notre ONG, l’une des rares ONG autorisée à exercer en Centrafrique, via notre équipe sur place, a fait par ailleurs des relevés de témoignages auprès des enfants sur les atrocités commises par des militaires. Nous sommes par ailleurs en lien avec le procureur de Bangui sur cette question.
Il n’est plus possible d’aller dans le sens d’un courant d’inertie et même de violence envers les peuples que l‘on se propose de soutenir et plus encore de protéger. La France ne pourrait-elle pas devenir plus exemplaire ?
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La campagne pour l’élection présidentielle en Centrafrique révèle avec force la lutte ardue pour le pouvoir que se livrent divers factions mais beaucoup moins le travail à faire :
La précipitation de l’élection, l’absence quasi-totale de réel registre d’électeurs, l’absence de certaines populations chassées ou dans des camps posent, un problème central de démocratie à cette élection.
Paradoxalement, il y a le besoin imminent et rapide d’un homme et/ou d’une femme avec une équipe solide qui permettraient d’envisager une voie d’ «unité», de «dignité» sincère et authentique mais aussi de mettre du mouvement une nation inerte sous le choc de sa propre violence et de sa propre agressivité.
En effet, la mise en mouvement de la nation, ne peut pas se faire que par des grands travaux pourtant si nécessaires et si manquants à la reconstruction de la Centrafrique, elle doit aussi venir du peuple, qui doit se mettre en mouvement.
« L’électrochoc », la mise en mouvement et le dépassement de la part d’ombre (inertie, douleurs, souffrance, désir de vengeance collectives etc.) doivent être incarné politiquement dans un Homme ou une Femme, qui sera capable d’indiquer une voie de paix et de relèvement.
Nous avons été surpris du regard nostalgique de nos interlocuteurs sur la période du président Bokassa. Ils ne regrettent pas la politique répressive mais le centralisme, le volontarisme de cette époque et les grands travaux effectués sous sa présidence.
Nous ne pouvons que souhaiter pour le pays un homme et/ou une femme de volonté, un bâtisseur par des grands travaux basé sur une mise en place préalable du DDR :
- de construction publique
- de politique publique de santé mentale que physique
- de politique publique de réconciliation basée sur une justice locale concernant les atrocités commises.
Se guérir (ou au moins se soigner), avoir justice de ce qui a été fait, et se mettre à rebâtir voilà la seule perspective tant pour l’Homme de la rue que pour le Centrafrique. La France pourrait très bien si une telle perspective se dessine proposer son soutien à une telle politique ?
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Les ressources naturelles en particulier minières dont « le diamant » sont tout autant un problème qu’une solution.
« Le diamant de Centrafrique » provoque des fantasmes qui dépassent largement le Centrafrique et obscurcie bon nombre de jugement et d’actions.
En effet, la lutte pour l’accès aux ressources minières ou les jugements toutes faites sur le fait que la situation en Centrafrique est due à la chasse aux ressources relève du même mécanisme : le fantasme.
Une réalité économique cependant la production de diamants alluvionnaires de grande qualité s'établit à environ 500 000 carats bruts par an avec une qualité importante, mais la production réelle est difficile à estimer et pourrait bien être du double.
Dans un contexte d’inertie et d’agressivité le rapport fantasmatique au diamant est symbolique du mal centrafricain, qui lui est plus profond et relève de la psychologie collective et d’une souffrance.
Il faut cependant croire que la psychologie centrafricaine est porteuse d’un dessein haut et grand d’elle-même. Le vrai diamant centrafricain est là niché au cœur de ce peuple même si actuellement les obscurs et les imbéciles se croient réalistes de le voir ailleurs … au fond des mines.
D’ailleurs l’exploitation de ressources naturelles à son plein rendement ne pourra se faire que par des gens plus seins dans des conditions plus saines.
Il y a une nécessité pour les autorités de Centrafrique de reprendre le contrôle des principaux sites de production de diamants ( tout comme de l’or ) en déployant des forces afin de contrôler production, acheminement mais aussi certification afin que la Centrafrique retrouve une force de production propre ( au deux sens du terme), qui puissent aussi lui assurer des revenus.
La France aurait tout intérêt à soutenir la Centrafrique à retrouver là une source de financement plus fiable et plus « propre ».
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Ce courrier vous a proposé quelques réflexions et pistes d’actions.
Nous avons conscience de l’audace de certains aspects de ce courrier en particulier sur le jugement que nous nous sommes autorisés à porter sur votre administration sur place.
Nous ne cherchons pas là, ni à nuire à la France ni à son image, au contraire nous pensons que le peuple de France qui vient aider le peuple de Centrafrique, doit être incarnés par ce qu’il se fait de mieux.
Nous espérons que ce courrier ne trouvera pas l’inaction et le désintérêt et que votre administration saura désormais envisager notre ONG comme un interlocuteur valable tant en Centrafrique que partout dans le monde dont la France.
Nous avons l’honneur, Monsieur le Président de la République, de vous prier d’agréer l’expression de notre très haute considération.
Frederic Fappani
President international ONG CNRJ
www.cnrj.org