LE CRÉPUSCULE DE MARTIN ZIGUELE
Comme toujours à l’orée des élections, l’on verra des commentaires se précipiter avec passion sur toutes les pistes vraies ou fausses : l’irresponsabilité des uns, l’égoïsme des autres, les défauts âprement recherchés chez les adversaires… Mais pour les centrafricains, il ne faut pas faire acception des cas singuliers, c’est une génération d’hommes politiques qui a failli. Leur réveil tardif et brutal est aussi pathétique que le sommeil épais où ils s’étaient refugiés quand le pays enclenchait la longue descente dans l’ornière. Virtuoses de l’enfumage, ces hommes politiques, acteurs du psychodrame épisodique (10 ans) où la RCA retrouva un pucelage pour aussitôt retomber dans la folie meurtrière d’un autre dirigeant sont de retour. En outre, il y a divers types de candidats. Il y a une classe qui n’a pas su gérer l’après-indépendance, il y a aussi une classe de sexagénaires qui incarne l’alternance de cet échec ensuite il y a les quinquagénaires qui mènent le combat des ambitieux ; ceux-là ont déjà exercés des responsabilités mais considèrent qu’ils n’ont pas encore vraiment eu le pouvoir, ils veulent empoigner leur destin en 2015.
Etudiant l’échiquier politique, je puis annoncer avec préscience le débâcle certain de ceux qu’un étrange paradoxe, ou bien qui ont le stupéfiant toupet de se déclarer favori des élections. Tout prédestine Martin ZIGUELE à l’échec. ZIGUELE tangue mais par un anachronisme volontaire, sa poignée de fidèles et lui évoquent sa deuxième place aux élections de 2005 effaçant sciemment dans leur mémoire la cinglante humiliation de 2011 (6,46%). Zut, un homme politique de cet acabit aurait pu démissionner de la présidence du MLPC. Mais le premier boulet, c’est cette promesse de longévité que ZIGUELE veut proposer aux Centrafricains, il s’agrippe malgré un désaveu national. Sa capacité de réunir la troupe qui l’avait soutenu en 2005 s’est réduit, même avec la machine électorale (le MLPC comme le claironnent ses fanatiques). Patassé à qui il a fait un croche-pied lui avait donné une sévère correction. Avec Patassé Junior il y aura-t-il rebelote ? Voulant utiliser l’arrogance de la notoriété d’un habitué des élections, il oublie que cette notoriété ne vaut rien en politique, et pour le cas précis, elle est entachée de sang certes très virtuel mais qui va finir par entraver la longue et périlleuse conquête du pouvoir de l’inamovible Président du MLPC. ZIGUELE continue d’utiliser le logo du MLPC comme objet narcissique pour croire que cette formation est en ordre de bataille. Mais non bien sûr, la géopolitique de la Centrafrique a bien changé avec la récente crise qu’il y a eu :
Le Grand NORD, le grenier de l’électorat cher à ZIGUELE. Le MLPC n’est plus le seul à y faire sa loi. Une pléthore de candidats bouleverse cette tradition qui a toujours été l’arme sécrète de ce grand parti. Le deuxième boulet pour ledit favori. L’OUHAM s’est désolidarisé du MLPC avec la mise en orbite du KNK de BOZIZE. La KEMO, un autre grenier du MLPC, est dévolue à Michel AMINE (d’où la tentative de disqualification de ce dernier) et Elie DOTTE. Le mirage électoral s’éloigne ainsi irrémédiablement de ZIGUELE qui voit ainsi s’effriter les zones où le MLPC avait prégnance.
La litanie des théories sociologiques de Martin ZIGUELE est sans fin, il essaie de capter. Mais par une amnésie volontaire (encore), il va payer en conséquence une de ses plus colossales erreurs, le FARE2011. Même si rien n’est prouvé « ce complot d’intérêt général » constitue l’ultime boulet qui va anéantir un rêve caressé depuis que BOZIZE l’a convaincu de trahir PATASSE afin de prendre le contrôle du MLPC. Cette plateforme a-t-elle été oui ou non la caution morale sinon politique de la prise du pouvoir par la SELEKA ?
Comment peut-on expliquer le partage de pouvoir tacite qu’il y a eu au moment où la SELEKA était aux affaires et la défense non moins voilée du pouvoir de DJOTODIA. Ce dernier a en peu de temps fait pire que BOZIZE mais pourquoi ZIGUELE était si amorphe en ces périodes ou bien balbutiait-il pour condamner les exactions ? Autant de questions que les centrafricains lambdas se posent et qui va contraindre la liberté de déplacement de ZIGUELE sur tout le territoire. Il y a des zones où ZIGUELE ne pourra pas mettre les pieds sinon à ses risques et périls. Et cela pour un candidat, c’est une épine colossale.
Le candidat des Français. J’ai bien envie de rire. L’appartenance à l’Internationale Socialiste est transformée en avatar par LE FAVORI. Croit-on que les socialistes français acculés dans leur pays vont tresser le laurier à quelqu’un qui ne fait pas l’unanimité chez lui. HOLLANDE est-il assez inconséquent pour sonner l’hallali contre lui en « imposant » aussi bêtement un candidat aux centrafricains. La Droite aussi guette l’issue de ces élections. Il y a eu les diamants de BOKASSA, LA GAUCHE française ne voudrait pas « DU COUP D’ETAT ELECTORAL EN CENTRAFRIQUE ». C’est un rêve de ZIGUELE que la Gauche ne peut matérialiser au risque de passer le relais à la Droite facilement.
A la vue de ces boulet, je ne saurais, comme beaucoup de centrafricains souscrire à la fable Ziguléenne qui veut jouer à la stratégie du favori.
Jean LITE.
Observateur politique