CENTRAFRIQUE ET BURKINA FASO: ANALYSE COMPARÉE DES JEUX ET ENJEUX DE LA CRISE POLITIQUE.
Le coup de force du général Diendéré au Burkina Faso a entraîné de nombreuses analyses comparant la crise Burkinabé à celle de la R.C.A. Ces analyses, bien qu’intéressantes, s’attardent sur les éléments de ressemblances au point que l’on puisse penser qu’il existe les mêmes causes produisant les mêmes effets. De mon point de vue, la situation au Burkina ne saurait être assimilée à celle de la R.C.A d’autant plus que les contextes sociopolitiques d’émergence de crises ne sont guère identiques. Toutefois, il existe aussi bien des éléments de similitude (I) que de divergence (II).
Quelques éléments de ressemblance
La succession d’un régime de transition à un autre a été, somme toute, l’élément fondamental ayant entrainé, sans doute, la comparaison. En effet, à l’instar de la R.C.A, le Burkina vient de connaitre une deuxième transition qui mettra à mal les Institutions de la République et risquerait de faire de cet Etat une entité chaotique ingouvernable. Aujourd’hui, nombre d’analystes sociopolitiques ne sont pas surpris de ce qui est arrivé au Burkina Faso ainsi qu’à la R.C.A. En effet, les gouvernements de transition des deux pays susmentionnés sont allés au-delà de leurs cahiers de charge au point de s’attaquer à des aspects qui ne relèvent pas de leurs prérogatives. Ceci explique, en partie, les velléités de résistance que l’on observe aussi bien en Centrafrique qu’au Burkina. En Centrafrique, les velléités de résistances se manifestent au travers de prises de position exigeant une troisième transition ayant pour corolaire le départ de l’actuelle Présidente de la République. En revanche, au Burkina, les velléités se sont exprimées à travers le coup de force réalisé par les forces du régiment de la sécurité présidentielle.
Fort de ce qui précède, ces évènements ont eu le mérite de rappeler aux gouvernements de transition la nécessité de respecter les cahiers de charge qui définissent les missions qui leur ont été confiées. Cela étant, le non respect des cahiers de charge ne justifie pas le coup d’Etat mais l’explique en grande partie. Quid des éléments de divergence ?
Quelques aspects de divergence
Comme je l’ai indiqué plus haut, il n’est pas possible d’assimiler la situation du Burkina à celle de la R.C.A. En effet, au-delà des soupçons relatifs à la main invisible de Blaise C et de certains Etats de l’Afrique de l’ouest, voire de l’Afrique Centrale, les institutions de la l’Etat burkinabé ont une maîtrise de la situation. Aujourd’hui, le parlement de la transition, l’armée, la Cour Constitutionnelle de transition ainsi que les forces de maintien de l’ordre ne sont pas entièrement mis à mal et disposent encore d’une marge de manœuvre dans le jeu politique burkinabé. A cela s’ajoute la détermination du peuple burkinabé, notamment des organisations de la société civile qui s’invite dans le débat et oblige les acteurs politiques à revoir leurs ambitions. En Centrafrique par contre, les institutions sont affaiblies, l’armée est mise de côté, le peuple est instrumentalisé à des fins politiques au point que les manœuvres politiciennes ne sont pas confrontées à de véritables résistances.
Un autre aspect est celui de l’implication des institutions sous régionales à l’instar de la CEEAC et de la CEDEAO dans la gestion des crises. En Centrafrique, les Etats membres de la CEEAC interviennent avec un agenda caché qui constitue une véritable entrave à la reconstruction de ce pays affaibli, officieusement placé sous tutelle des Nations Unies. La CEDEAO, quant à elle, nonobstant le soutien de certains Etats ouest-africains à Blaise C, reste très active dans la recherche de solution à la crise à laquelle est confronté le Burkina Faso. Cependant, il ne s’agit pas de confier le destin de nos Etats aux institutions sous régionales, mais lorsqu’il y a de choix à faire, mieux ces dernières que les Nations Unies et les institutions de Bretton Woods.
BENINGA CRESCENT