Congo : Sassou Nguésso abat sa dernière carte
A l’orée de la fin du mandat constitutionnel du président congolais Denis Sassou Nguésso fixé en août 2016, l’heure du compte à rebours semble sonner sur la rive droite du grand et majestueux fleuve Congo. La rigidité de la Constitution n’offrant au chef de l’Etat congolais aucune issue pour lever les principaux verrous de la loi fondamentale congolaise adoptée par référendum en mars 2012.
Le président Sassou place l’avenir des institutions et de son garant qui se trouve être lui-même au centre d’un dialogue sans exclusive et sans préalable.
Au terme d’une série de consultations auxquelles le chef de l’Etat congolais a eu a échanger avec environ 400 concitoyens congolais entre la fin du mois de mai et le début du mois de juin sur la vie de la nation et de l’Etat. Le président congolais Denis Sassou-Nguesso a annoncé dans un discours à la nation, diffusée le mardi 30 juin à la télévision congolaise, qu’il allait convoquer un dialogue national du 11 au 15 juillet prochain.
Ce dialogue, selon le chef de l’état congolais, serait l’occasion d’aborder les questions liées à la gouvernance électorale, notamment la présidentielle de 2016 à laquelle il est constitutionnellement exclu. L’avenir des institutions sera également débattu au cours de ce conclave national, précise Dénis Sassou Nguésso dans son discours à la nation.
C’est dans cette optique que le chef de l’Etat du Congo a expliqué au peuple congolais dans des termes limpides et claires son désire à privilégier le dialogue en ces termes : « J’ai arrêté que le dialogue national aura lieu du 11 au 15 juillet 2015 ». Il a ensuite détaillé sa proposition : « J’ai décidé de mettre en place une commission préparatoire du dialogue national au sein de laquelle il y aura un comité d’experts chargé d’apporter des éléments de réponses techniques aux questions suivantes : comment devrait-on organiser au mieux les scrutins à venir dans notre pays ?
Fait-on, oui ou non, évoluer les institutions de la République ? Si c’est oui dans quel sens souhaite-t-on les faire évoluer ? Et si c’est non, pourquoi ? Tous les éléments de réponse seront mis à la disposition des participants au dialogue », a-t-il relevé dans son bref message à la nation.
Comme il fallait s’y attendre, le message du président Sassou a été diversement commenté par les acteurs politiques congolais. Ainsi du côté du pouvoir, Pierre Ngolo, le secrétaire général du PCT, le parti au pouvoir, salue ces annonces : « Nous espérons qu’à ce stade-là tous les Congolais feront l’effort de comprendre que nous avons intérêt à nous asseoir ensemble pour cogiter, échanger sur les questions d’intérêt national ».
Cependant, il est à noter que le président Sassou-Nguesso dans son allocution n’a pas précisé quels seront les partis et les personnalités conviés à ces discussions. L’opposition, qui a boycotté les consultations organisées en mai et juin pour préparer ce dialogue, ne se montre guère enthousiaste à participer à ce dialogue national. Cette composante martèle que « le vrai problème c’est la gouvernance électorale, donc tout dialogue qui se ferait autour de ce sujet nous y serons.
Mais ce fourre-tout, ce mélange de genres, ça n’a aucun sens », a précisé Pascal Tsaty Mabiala, premier secrétaire de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), l’ancien parti au pouvoir. Même son de cloche du côté de Mathias Ndzon, qui argue avec grandiloquence que « le dialogue est quelque chose de consensuel, toutes les parties doivent asseoir.
Le président dit qu’il va créer une commission préparatoire, mais ce n’est pas à lui de le faire, c’est à la classe politique. Ce n’est pas à lui de déterminer l’ordre du jour. Il n’y a aucun Congolais qui veut changer la Constitution. Le président veut passer en force ».
Pour Denis Sassou-Nguesso, « le dialogue est porteur de progrès, de compréhension mutuelle et d’apaisement ». Âgé de 72 ans, le président Sassou cumule plus de trente ans de pouvoir, et la Constitution congolaise lui interdit de se représenter pour un nouveau mandat. Le chef de l’Etat avait déjà évoqué l’éventualité d’une consultation du souverain primaire par voie référendaire sur un changement de la Constitution.
Toutefois, malgré les divergences de forme et de fond, il se dégage cependant le désire de créer de part et d’autre les conditions d’un dialogue entre les différentes couches de la nation.
A contrario, ce n’est pas la première fois que les acteurs politiques congolais veuillent s’assoir pour réfléchir sur les causes profondes de la déchéance de l’Etat dont il faudrait attribuer à une génération qui tient les manettes du pays depuis les années 60 (pouvoir/opposition). C’est ainsi qu’il faudrait se réserver tout triomphalisme, car dans ce genre de situation on assiste souvent à la résurrection des vieux briscards de la politique congolaise qui n’ont plus rien à prouvé parce qu’ayant échoué et compromis la cohésion de ce pays. C’est le cas de Mbéri Martin dont des sources crédibles annonceraient être le future maître d’œuvre qui aura la charge de présider la commission d’organisation du dialogue.
Qu’à cela ne tienne, force est de constater que le chef de l’Etat congolais abat désormais ses cartes aux yeux de tout le monde. La véritable question serait celle de savoir quelle serait l’issue réelle du dialogue au cas où il n’y aurait pas eu consensus. La survie politique du garant de la Constitution actuelle est plus que jamais en question. Qui tranchera ? Le peuple ? Les délégués du dialogue ? L’avenir nous édifiera.
Rodrigue Fénelon Massala, Grand Reporter
Les Afriques