ALLOCUTION DU PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE A L'OCCASION DE LA CEREMONIE DE CLÔTURE DE LA DEUXIÈME SESSION EXTRA-ORDINAIRE

Publié le par TAKA PARLER

ABDOU KARIM MECKASSOUA
ABDOU KARIM MECKASSOUA

Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Madame et Messieurs les Présidents des Institutions
Républicaines ;
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de mission diplomatique,
Mesdames et Messieurs les Députés, mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
La session extraordinaire de l’Assemblée nationale qui
s’achève en ce jour aura tenu toutes ses promesses. Tous les
points inscrits à l’ordre du jour ont été traités avec sérieux et
rigueur par des hommes et des femmes totalement acquis à la
cause du peuple centrafricain, déterminés à contribuer à
l’émergence d’un Centrafrique nouveau. J’ai noté avec
beaucoup de satisfaction que nous tous, sans exception, avons
placé l’intérêt du peuple centrafricain au-dessus de toute autre
préoccupation.
Les discussions souvent passionnées mais toujours franches et
sincères n’ont en rien entamé le sens des responsabilités des
uns et des autres. Chacun ayant privilégié le seul engagement
qui vaille : remettre le pays debout et créer les conditions pour
sa marche en avant.
La démocratie se nourrit des débats d’idées. Elle se renforce
par notre capacité à assumer les contradictions positives pour
en faire des éléments de progrès. Lorsqu’elle est mal maîtrisée,
la démocratie disparaît au profit de la loi du plus fort. Nous
avons le devoir de faire de la démocratie le fer de lance du
développement de notre pays.
Honorables députés, mes chers collègues,
Sortir notre pays de cette crise qui n’a que trop enlevé des vies
précieuses, disloqué les familles et les communautés, jeté nos
compatriotes sur les routes de l’exil, y compris à l’intérieur de
nos frontières, anéanti notre économie, et provoqué la
disparition de notre pays du Concert des Nations, c’est la raison
d’être de notre présence dans cet hémicycle.
Sortir de la crise, il en a été question tout au long de votre
Déclaration de politique générale, Monsieur le Premier Ministre,
mais aussi tout au long des échanges qui l’ont suivie.
Que retenir de tous nos échanges par rapport à la situation
nationale ?
D’abord que pour nos compatriotes, la « sortie de crise » se
juge avant tout à la sécurité des Centrafricains. Que chacun
puisse aller se coucher sans la peur de ne plus se réveiller, se
réveiller sans la crainte de ce qui se passera dans la journée ;
aller aux champs, aller à la pêche, faire paître son troupeau,
aller à son commerce ou au bureau, circuler dans son quartier
et dans sa ville, voyager à travers son pays, sans la peur d’être
racketté, d’être violenté, d’être violé, d’être abattu, d’être
égorgé.
N’avons-nous pas eu assez de sang versé ? de souffrances
subies? N’en avons-nous pas assez d’être le pays des familles
en deuil ? Et allons-nous encore accepter longtemps que des
dignes filles et fils de ce pays, qui sont à la fois sa sève et son
énergie, soient ainsi fauchés ? Quand nous entendons la
recrudescence ces derniers jours de nos villes et villages
agressés, et de nos compatriotes morts ou blessées, allons-
nous tolérer que notre pays reprenne les chemins de l’enfer ?
La guerre des Centrafricains contre eux-mêmes doit cesser. La
sécurité des Centrafricains doit être assurée par eux-mêmes.
Le vœu de prospérité et de paix que chaque famille
centrafricaine fait pour elle-même, nous devons le faire pour la
Nation toute entière. C’est du moins le sens que je me fais de
notre mission sacrée, et je sais être suivi par tous ceux qui ont
reçu de notre Peuple son assentiment, son vote, son mandat.
La voix unanime de nos compatriotes mais aussi l’esprit de tous
les innocents morts, nous crient : au travail ! Ils nous disent
aussi que l’urgence est là, et que l’urgence n’est pas de
déclarer, de condamner, d’adresser des condoléances, mais
d’agir, agir, agir encore et encore, jusqu’à ce que cela cesse et
que la vie reprenne avec fierté et confiance dans l’avenir.
C’est une urgence de neutraliser les bandits de grands chemins
et les gangs qui sèment chaque jour la mort et la désolation
dans nos villes et dans nos campagnes, en prétendant servir
des causes insensées. La fin de la Transition, l’élection de son
Excellence le Professeur Faustin Archange TOUADERA, la
constitution du Gouvernement de la République et la réunion de
l’Assemblée nationale sonnent la fin des années terribles.
Mais disons-le d’emblée et pour qu’aucun doute ne germe dans
l’esprit de nos concitoyens : aucun député ni aucun
représentant de l’Etat, aucun détenteur de la force légitime ni
aucun citoyen ne tolérera le crime. Au bout des fusils des
extrémistes, c’est l’odeur de la mort que l’on renifle. Prenons
garde que cette mort ne soit pas celle de notre Nation lorsque
nos frères d’Afrique seront lassés de nous venir en aide.
Passons donc à la méthode : désarmons les auteurs de crimes.
En démantelant les organisations criminelles, que nous
connaissons tous, parce qu’elles ont l’arrogance de revendiquer
leurs crimes. En arrêtant les chefs de ces organisations, que
chacun connaît aussi pour les mêmes raisons, et qui sont les
seuls, avec leurs hommes, à circuler librement sur toute
l’étendue de notre pays. Et enfin, que la justice passe, et que
justice se fasse !
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Ce à quoi j’appelle ici ne s’appelle pas vengeance ni
représailles, mais responsabilité car il n’est qu’une force
légitime, celle de la République. Cette responsabilité nous est
imposée par notre Constitution comme un commandement
suprême et impératif, et c’est même le premier des
commandements puisqu’il figure à l’article 1. Que dit cet article
1 er ? D’abord que « La personne humaine est sacrée et
inviolable ». Ensuite, que « Tous les agents de la puissance
publique, toute organisation, ont l’obligation absolue de la
respecter et de la protéger ».
Il va de soi que cette responsabilité incombe avant tout à votre
Gouvernement, parce qu’il dispose des forces de sécurité et de
défense. C’est pourquoi nous vous adressons en ce jour un
solennel et vibrant appel à agir et à agir dans les meilleurs
délais. Mais bien entendu, compte tenu de l’état des forces que
vous avez à disposition, mon appel s’adresse aussi à la
Communauté internationale, et spécialement à la MINUSCA,
pour qu’elle soutienne avec fermeté et détermination le
gouvernement de la République dans cette œuvre d’urgence
nationale.


Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement,


Les démons de la division ont la peau dure. Nous en viendrons
à bout dès lors que la lutte contre l’exclusion deviendra notre
cheval de bataille. Nous devons savoir écouter les plaintes de
tous nos compatriotes notamment les musulmans qui ont
souvent l’impression d’être stigmatisés et discriminés. Ils sont
des citoyens à part entière. Par conséquent, ils ont droit aux
mêmes égards que les autres. La République a pour mission
d’inclure toutes les composantes de la nation car l’unité
nationale est notre credo, la cohésion nationale notre devoir.
A plusieurs reprises au cours de cette session extraordinaire
vous avez appelé à « l’Union sacrée ». A cet appel, je vous
réponds que l’Assemblée nationale est prête à vous suivre.
Nous sommes prêts à l’Union sacrée. Et quelle autre mission
sacrée que celle de réunir nos concitoyens autour d’une cause
nationale essentielle : notre sécurité, notre subsistance, notre
indépendance.
Une des manières, pour l’Assemblée nationale, de s’associer à
cette action d’urgence sera de jouer pleinement et
rigoureusement son rôle de contrôle du Gouvernement, en
interpellant celui-ci à chaque fois que nécessaire.
Une autre manière est de faire participer notre Assemblée à
l’action même, ici et maintenant. C’est pourquoi en ma qualité
de Président de l’Assemblée Nationale et dans l’esprit de
l’Union sacrée dont il a été question tout à l’heure et en
concertation avec le Président de la République, Chef de l’Etat,
Son Excellence Professeur Faustin Archange TOUADERA,
j’ai demandé de convoquer dans les 72 heures une session
extraordinaire, dite session d’urgence nationale, avec pour
question centrale, non seulement la sécurité du peuple
centrafricain, mais aussi la protection de celui-ci avec un
ensemble de premières mesures de soutien concret aux
victimes de cette crise.
Honorables députés, mes chers collègues,
En disant ce qui précède, je ne néglige nullement l’objectif de
sécurisation de notre territoire tel qu’il est ressorti de nos
Un des moyens annoncés par Monsieur le Premier ministre
pour y parvenir consiste à rendre effectif et à accélérer la mise
en œuvre du processus du DDRR. Nous partageons cette
analyse, et observons que ce processus de DDRR est d’ores et
déjà enclenché. Il importe cependant de s’assurer qu’y
participeront tous les éléments armés qui se trouvent sur notre
territoire, de même qu’il est de la première importance de
s’entendre avec les Etats concernés pour que les personnes
qui doivent l’être soient rapatriées au plus vite. Il importe aussi
qu’une position claire et ferme soit arrêtée à l’égard des
groupes armés qui refuseraient de participer au DDRR, et que,
comme je viens de l’indiquer, des dispositions soient
rapidement prises avec le concours des forces internationales
pour les empêcher de nuire et pour libérer notre espace
La sécurisation de notre territoire passe aussi, ainsi que vous
l’avez si bien rappelé Monsieur le Premier Ministre, par la
reconstruction de notre système de défense nationale et de
sécurité intérieure, ce qui comprend la remise sur pied des
FACA. Il y va de notre souveraineté en tant qu’Etat, du
fonctionnement normal de notre démocratie et de notre Etat de
droit, mais aussi et surtout de la tranquillité de nos concitoyens.
Là encore, sous l’impulsion de Monsieur le Président de la
République, Son Excellence Faustin Archange TOUADERA et
avec l’appui de nos partenaires internationaux, la réflexion est
bien avancée, et l’action est même amorcée par le
gouvernement.
Je voudrais cependant rappeler quelques principes simples qui
doivent gouverner cette importante réforme de notre système
de sécurité.
- Le premier est l’obligation de consensus national.
Consensus entre l’Exécutif et le législatif, mais aussi
entre les citoyens. Il nous appartient, ensemble,
d’imaginer les moyens d’associer nos compatriotes à
ce premier grand chantier de reconstruction
nationale.
- Deuxième principe, façonner nos FACA et nos forces
de sécurité intérieure à l’image de notre Nation, en
assurant leur caractère pluri ethnique, tout en
garantissant leur neutralité et leur caractère
Républicain.
- Troisième principe : bâtir des forces efficaces et
adaptées aux défis sécuritaires d’aujourd’hui.
- Enfin, il importe d’œuvrer tout particulièrement à ce
que nos forces de défense et de sécurité soient au
service de la Nation, et non au service d’un homme,
d’un clan ou du militaire lui-même, comme cela a pu
malheureusement être parfois le cas par le passé.
Ces principes ne sont pas les miens propres, ni des exigences
de notre Assemblée, mais des commandements de notre
Constitution issues des recommandations fortes du Forum
national de Bangui. Il est donc de notre devoir, ensemble de les
concrétiser.
Le deuxième chantier national que votre Déclaration de
politique générale a mis en exergue est la réconciliation
nationale. La dynamique amorcée en ce sens par la venue du
Pape François est heureusement poursuivie par le Président de
la République et par votre Gouvernement. Mais il est évident
que l’effort doit être poursuivi et intensifié. Nul ne peut douter
dans cette enceinte que la réconciliation nationale est un
impératif catégorique, et une condition nécessaire de notre
relèvement en tant qu’Etat et Nation. Mais il est tout aussi
évident, au moins depuis le Forum national de Bangui, que nos
compatriotes n’entendent pas qu’elle se fasse sans que justice
soit rendue pour les crimes odieux commis. C’est pourquoi, il
est important que la promotion du dialogue entre les
Centrafricains s’accompagne de l’activation rapide de la Cour
pénale spéciale, ainsi que des mesures de soutien nécessaires
aux victimes du conflit dont nous sortons maintenant.
Enfin, dernier chantier national qui a été au centre de nos
débats : le relèvement économique et social. Beaucoup a été
dit. Mais nos concitoyens attendent surtout des actes, comme
sur les autres registres d’ailleurs. Les enjeux sont nombreux et
colossaux, à la mesure du fait que c’est l’ensemble de notre
société et de notre économie qui a été désarticulé. Nous avons
le devoir impérieux d’avancer, et de rendre le progrès visible
aux yeux des centrafricains et sensible dans leurs conditions de
vie. Mais il faut avancer avec méthode : annoncer clairement la
direction, fixer des priorités, les mettre en œuvre
méthodiquement et dans des délais raisonnables ; s’attaquer
aux pans où notre société n’a pas seulement stagné mais a
reculé : éducation, santé, emplois, création de ressources, etc.


Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,


Mesdames et Messieurs les Ministres,


Le retour à l’ordre constitutionnel dans notre pays, après ces
trois années de chaos, est un moment fondateur d’un
Centrafrique nouveau. Le peuple centrafricain l’a parfaitement
compris et l’a salué avec beaucoup de ferveur et
d’enthousiasme. La très large confiance que les élus du peuple
viennent de vous accorder avec le plébiscite du programme de
votre Gouvernement en témoigne.
La restauration de l’autorité de l’Etat est sans doute le premier
pas vers le retour à la paix civile et à la cohésion sociale. Elle
passe par la lutte acharnée que nous devons mener contre
l’impunité car nous n’oublions pas la souffrance des milliers de
nos compatriotes, hélas encore victimes de graves violations de
leurs droits humains, qui continuent à rechercher la vérité, la
justice et la réparation.
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Je voudrais vous dire pour finir que pour ces chantiers, nous
avancerons ensemble. Nous devons avancer ensemble. C’est
une exigence de notre Constitution. Avancer dans le respect
mutuel de nos institutions et de nos prérogatives respectives.
Comme je l’ai déjà dit à l’ouverture de cette session, notre
Assemblée entend jouer tout son rôle dans la conduite des
affaires de notre pays, en discutant et en adoptant les projets
de lois, en prenant l’initiative là où notre Constitution le permet
et, comme je l’ai rappelé il y a quelques instants, en contrôlant
l’action du gouvernement. Le tout, sans esprit de défiance à
l’égard de ce gouvernement ni esprit de compétition. Elle attend
du gouvernement la même considération.
Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons réaliser et asseoir notre
démocratie républicaine, dans le respect du droit, et pour le
bonheur du Peuple centrafricain.
Je déclare close la session extraordinaire de l’Assemblée
nationale.

ABDOU KARIM MECKASSOUA

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