RÉFLEXION SUR LA RECONSTRUCTION DE L'ETAT

Publié le par TAKA PARLER


Notre pays la RCA sort d’une série de crises récurrentes. L’heure est donc à la
Reconstruction qui fait partie des éléments de langage du discours programme
tenu par le Président de la République le 30 MARS 2016.
La Reconstruction donc de la RCA doit être menée dans les domaines politique,
administratif, économique et social et sécuritaire.
Depuis plusieurs années et pour des conflits presque identiques, la “Communauté
internationale” préconise systématiquement la Reconstruction de l’Etat comme
ultime solution de ces conflits. Pour la plupart des experts internationaux qui
viennent avec des schémas préremplis, la Reconstruction est présentée comme
une des solutions évidentes à ces conflits et est désormais bien intégrée dans
leur manuel de l’intervention internationale. Mais, à l’observation, toutes les
interventions de la Communauté internationale proposant la Reconstruction vue
par elle ont presque toutes été vouées à l’échec. On voit donc que les solutions
clés en main que la Communauté internationale propose posent problème.
Ce qui nous amène à poser la question : Que reconstruire au juste ?
Devons-nous reconstruire l’ancien ou bien construire du nouveau ? L’examen
des tentatives et essais de reconstruction de l’Etat après les conflits observées
ces dix dernières années montre qu’il n’y a pas de réponse définitive. Pour notre
part, en l’absence d’une réponse consensuelle, on doit privilégier la combinaison
de plusieurs composantes.
L’Etat doit assurer concomitamment les moyens à la fois sécuritaires, financiers,
économiques et sociaux pour un Etat pourvoyeur des services sociaux et
détenteur du monopole de la violence légitime.
L’objectif ici est de ne plus rebâtir un Etat prédateur, autoritaire et répressif qui
est souvent à l’origine des conflits. Mais, il est question de bâtir un Etat qui
puisse répondre aux besoins élémentaires des populations (santé, éducation,
eau, électricité…).
Les projets de reconstruction sont souvent viciés à la base par des visions
contradictoires et antagonistes, en raison des intérêts égoïstes, voire
égocentriques. Pour ce faire, les velléités de réformes de la nouvelle
gouvernance doivent être marquées par une ferme volonté politique.
Pour une véritable reconstruction, les responsables et autorités légitimes actuels
doivent avoir la ferme volonté politique pour concilier les piliers sécuritaires et
financiers de l’Etat avec les piliers des services de base qui sont la santé,
l’éducation et l’enseignement, l’assainissement, ces derniers étant souvent
considérés comme secondaires.
Ainsi, l’Etat devrait à la fois privilégier :i) l’autorité de l’Etat ; et ii) la
légitimité conférée à ce même Etat. Privilégier seulement l’un des aspects au
détriment de l’autre est inévitablement source de conflit.
Dès lors, il importe que l’essentiel des efforts d’assistance technique qui pourra
être apporté soit par la France soit par l’Union européenne ou tout autre bailleur
de fonds bilatéral ou multilatéral doit concerner à la fois les ministères financiers
et sécuritaires qui garantissent l’autorité de l’Etat et les ministères sociaux qui
assurent la cohésion sociale. L’un sans l’autre est source de conflit.
Une fois la question de reconstruire posée, maintenant comment doit-on
reconstruire l’Etat après la phase post-conflit immédiate ?.
La question est d’importance et se porte sur les moyens tant matériels,
organisationnels, humains et financiers. Les problèmes des Centrafricains ne
pourront être résolus avant tout que par les Centrafricains eux-mêmes. C’est
pourquoi, il importe de revoir la conception de l’Etat pour l’adapter à nos propres
réalités sociologiques et anthropologiques. L’Etat ne doit plus être guidé par une
conception purement juridico-administrative, mais il doit aussi être guidé par
une conception politico-sociologique.
L’Etat conçu comme une organisation dotée de fonctions et de prérogatives
définies par le droit et qui met automatiquement en œuvre ce droit, conduit à
focaliser les efforts sur la réforme du corps législatif et sur le renforcement de
capacités des administrations et sur leur réorganisation. Si cela peut paraitre
être en accord avec les principes du management public proposé par les
partenaires internationaux, il donne en revanche à l’entreprise de la
reconstruction de l’Etat un air d’une mécanisation administrative qui fait
abstraction de la chair de l’Etat : i) sa sociologie (qui sont les fonctionnaires ?
quelles sont leurs motivations et leurs visions ?), et ii) ses enjeux (quels sont
les intérêts qui s’affrontent ou convergent dans les administrations ?).
Compte tenu des difficultés et des échecs qui ont souvent accompagné les
interventions internationales, les plans de reconstruction administrative doivent
être conçus et pensés par les Centrafricains. Il va de soi que ces plans étant
financés par les bailleurs de fonds internationaux, leur avis doit être requis. Les
programmes de renforcement de capacités administratives portés par les
bailleurs ont peu d’impact parce qu’ils ne comprennent pas et ne prennent pas
souvent en compte les réalités sociales et sociétales, et les codes de
fonctionnement des administrations locales. La reconstruction de l’Etat doit être
guidée par la raison administrative locale. Car ce sont les locaux qui vivent au
quotidien ces réalités.
Pour finir, la question fondamentale à poser reste : avec qui doit-on
reconstruire l’Etat post-conflit?
A cette question et de toute évidence, la réponse est : avec les autorités locales.
La situation de la RCA a un avantage certain. Le Gouvernement qui est mis en
place n’est pas un gouvernement de compromis ou de compromission et/ou de
négociations armées. Les seigneurs de guerre et les politiciens corrompus qui
ont tous une part de responsabilité dans le conflit armé ont été écartés et ne
sont pas au pouvoir apparemment. Mais pour autant, doivent-ils être écartés de
l’Administration Centrafricaine et jetés aux oubliettes ? La question est posée. En
effet, au vu des premières mesures prises semblent (Décret des nominations
dans les Ambassades rapporté), on est en droit de douter. Si on veut une vraie
reconstruction, il faut la faire avec tout le monde bien entendu en prenant les
meilleurs. Ceux-ci devront être pris et utilisés à d’autres niveaux et domaines de
la société pour participer à la Reconstruction nationale. Non à la chasse aux
sorcières !
La composition du gouvernement semble avoir respecté un certain nombre d
critères arrêtés ; pas trop problématique et moins pléthorique. Mais il faut
absolument éviter les travers du passé avec un Etat néo-patrimonial – dérive si
bien connue et illustrée par les BOZIZE.
En effet, le nouveau gouvernement n’apparait pas, à première vue, être
l’expression d’une domination ethnique ou de compromis à la fois inavouables et
dangereux, même si on peut regretter l’oubli de certaines régions, si l’on tient
compte de la composante géopolitique qui n’a pas été totalement respectée. A
l’évidence, l’unique région pilote et pourvoyeuse des moyens de l’Etat
actuellement par son diamant et son bois, la Sangha-Mbaéré, a été oubliée. Cela
vaut la peine de le rappeler pour attirer l’attention des nouvelles autorités. Car,
de fois, c’est ce genre de petit détail qui cause des effets négatifs.
Le gouvernement doit donc définir les priorités, fixer les objectifs à atteindre et
réunir les moyens nécessaires pour atteindre ces objectifs avec des résultats
attendus selon le principe de la nouvelle donne. Ce principe doit reposer sur une
vision claire et cohérente d’un Etat moderne. On doit savoir que l’Etat n’est ni
bon ni mauvais en soi, parce qu’il n’existe pas tout simplement. Ce qui existe, ce
sont le Président élu, les Ministres nommés par le Président légitime, les
fonctionnaires, et les autres agents de l’Etat etc. La priorité est donc le
renforcement des capacités d’une réalité qu’est l’Etat, par la sélection et la
désignation de dirigeants et fonctionnaires intègres, travailleurs et compétents et
dévoués avec lesquels ce renforcement de capacités aura des chances d’être
utile. C’est pourquoi le capital humain importe dans le renforcement de capacités
administratives pour assurer la reconstruction de l’Etat, après un tel conflit,
comme l’a connu la RCA. Aussi, un budget national adéquat est exigé.
Il va de soi que la réussite de cette action dépendra aussi de l’apport des
bailleurs de fonds qui ne doivent pas imposer des schémas tout faits, mais des
schémas discutés avec les intéressés afin de savoir si leur investissement est
susceptible d’avoir un retour. Les autorités doivent prendre le destin du pays en
main par une participation active.
La reconstruction d’un Etat comme la RCA exige des questions et réponses
pertinentes au regard de son histoire basculée par une crise profonde et
légendaire émaillée de violences sur fond de désintégration de l’Etat et de son
économie. Basée sur sa diversité ethnique, géographique, environnementale,
cette Reconstruction de l’Etat centrafricain doit se faire dans le cadre d’une
véritable politique de Régionalisation et Décentralisation, avec comme but ultime
la Construction d’une NATION.




TEMY TOMBA

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