ÉTAIT-IL ENCORE NÉCESSAIRE DE BATTRE CAMPAGNE POUR LES ÉLECTIONS COUPLÉES DU 14 FÉVRIER 2016 ?

Publié le par TAKA PARLER

BERNARD SELEMBY DOUDOU
BERNARD SELEMBY DOUDOU

Suite à la décision de la cour constitutionnelle de transition du 25 janvier 2016, les électeurs centrafricains sont une fois de plus convoqués par décret aux urnes le 14 février 2016 pour se prononcer sur des élections couplées portant sur le deuxième tour des présidentielles et le premier tour des législatives. Le décret convoquant le corps électoral a fixé deux semaines de campagne pour les législatives et une semaine pour les présidentielles. Le contexte socio-politique et économique de la Centrafrique nous conduit à s'interroger sur la problématique suivante : était-il encore nécessaire de battre campagne dans la situation actuelle du pays ? La campagne électorale par définition est un moment fort et souvent déterminant des élections, période plus souvent longue en fait qu'elle ne l'est en droit où les candidats et les programmes s'affrontent en vue de séduire les électeurs et de capter leur suffrage. On constate que la réalité du terrain en est une autre. La majorité des candidats est financièrement épuisée et tire le diable par la queue. En effet, certains ont vendu maisons et voitures, d'autres ont contracté es crédits mêmes à fort taux et ont tout dépensé pensant que la partie de chasse était terminée. Dans ces conditions misérables, les candidats seront-ils encore audibles ? La population ne vit pas le même dynamisme du premier tour, pas de mobilisation ni d'engouement sur le terrain car elle a le sentiment que les dés sont pipés avec le jeu nauséabonde de la cour constitutionnelle de transition. La population par contre est lassée d'être convoqué aux urnes au moins quatre fois en un trimestre (inédit en Afrique), elle a le sentiment du déjà vu, le sentiment que son vote ne détermine pas le résultat des élections, le sentiment d'être pris en otage et enfin le sentiment que la cour constitutionnelle de transition ne dira pas le droit au final. Dans ce contexte, les centrafricains risquent à l'avenir de bouder les urnes pour toujours. En conséquence de ce qui précède, on assistera à une chute brutale du taux de participation qui aura des effets néfastes sur la reconstruction de notre pays. Le candidat qui remportera le duel des anciens premiers ministres sera illégitime et non représentatif de la population centrafricaine. Ainsi on assistera au manque de confiance des partenaires du développement car les investisseurs douteront des capacités du Président à recevoir et surtout à gérer les investissements. Pour revenir à la problématique principale, l'idéal était de comparer ou de confronter les programmes des deux antagonistes sur les grands thèmes de politique publique tels que la sécurité, l'économie, l'agriculture, l'élevage, l'éducation, la santé, l'emploi, la jeunesse etc... Dans cette perspective, l'initiative du Président du haut conseil de la communication pour organiser un débat contradictoire à la télévision centrafricaine le 12 février 2016 est salutaire. L'opportunité est ainsi offerte pour prouver au monde entier la maturité et la culture démocratique de la classe politique centrafricaine.

Bernard SELEMBY DOUDOU, Juriste, Administrateur des élections.

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